L’année 2025 marquera sans doute un tournant décisif dans l’histoire de la cybersécurité, non pas par le volume des attaques, mais par la mutation profonde de leur nature. Ce rapport, destiné aux décideurs stratégiques et aux responsables de la sécurité des systèmes d’information, dresse un bilan exhaustif des événements cyber de l’année écoulée et propose une analyse prospective pour 2026, fondée sur la méthodologie d’Analyse des Hypothèses Concurrentes (ACH).
L’année 2025 a été caractérisée par trois ruptures majeures.
- Premièrement, l’avènement de l’IA Agentique Offensive.
- Ce qui n’était qu’une menace théorique s’est matérialisé en septembre 2025 avec la découverte, par les équipes de Google Threat Intelligence et d’Anthropic, de la première campagne d’espionnage orchestrée de bout en bout par des agents d’intelligence artificielle autonomes, capables de raisonner, de planifier et d’exécuter des intrusions complexes avec une supervision humaine minimale.
- Deuxièmement, la Guerre Hybride en Europe a atteint un niveau de synchronisation inédit entre le monde réel et celui d’Internet.
- La coordination observée en septembre 2025 entre des incursions de drones au-dessus d’infrastructures critiques en Scandinavie et en Pologne, et des cyberattaques paralysant les systèmes aéroportuaires européens, illustre une stratégie de « pression totale » visant à saturer les capacités de réponse des États.
- Troisièmement, l’écosystème cybercriminel s’est restructuré autour de super-groupes d’extorsion, tels que l’alliance Scattered LAPSUS$ Hunters ou plus largement The Com (The Community).
- Ces acteurs ont délaissé le chiffrement classique pour se concentrer sur l’exfiltration massive de données et l’ingénierie sociale pour des attaques low-tech mais avec un impact puissant.
Ce document analyse ces tendances à travers les prismes étatique, criminel et hacktiviste, avant d’explorer les signaux faibles technologiques pour construire des scénarios de menaces pour 2026.
1. LA MENACE ÉTATIQUE (APT) : GUERRE HYBRIDE, PRÉ-POSITIONNEMENT ET NOUVELLES FRONTIÈRES
L’activité des acteurs étatiques (Advanced Persistent Threats – APT) en 2025 ne s’est plus limitée à l’espionnage silencieux. Elle s’est transformée en une composante active de conflits géopolitiques ouverts ou latents, caractérisée par une agressivité accrue et une volonté de prépositionnement destructeur au sein des infrastructures critiques occidentales.
1.1 Russie : La Doctrine de la Déstabilisation Systémique et la Convergence Cyber-Cinétique
La Russie, enlisée dans une guerre prolongée en Ukraine, a intensifié ses opérations hybrides contre les pays de l’OTAN et de l’UE. L’objectif stratégique a glissé de la simple collecte de renseignement vers la perturbation active et la coercition politique.
1.1.1 L’Offensive du GRU contre les Intérêts Français
En avril 2025, le ministère français des Affaires étrangères a publiquement attribué une vaste campagne de cyberattaques au groupe APT28 (Fancy Bear), affilié à l’unité 26165 du renseignement militaire russe (GRU). Cette attribution publique, rare et ferme, souligne la gravité des incidents.
- Ciblage stratégique : Les attaques n’ont pas frappé au hasard. Elles ont visé un spectre précis d’entités : ministères régaliens, entreprises stratégiques, think tanks, et surtout, les organisations sportives et logistiques impliquées dans la gestion des grands événements. L’ANSSI a noté que ces opérations visaient à compromettre des réseaux pour des actions futures de sabotage ou de déstabilisation informationnelle, cherchant à affaiblir la crédibilité de l’État français (déjà fragilisée) et à semer la discorde sociale.
- Tactiques, Techniques et Procédures (TTPs) : APT28 a démontré une capacité d’adaptation notable, utilisant des infrastructures compromises de type SOHO (routeurs domestiques et de petites entreprises) et des objets connectés (IoT) pour masquer l’origine de ses flux, rendant la détection et l’attribution technique particulièrement ardues. L’exploitation de vulnérabilités « zero-day » ou « n-day » sur des équipements de périphérie (edge devices) est devenue une signature de ces campagnes.
1.1.2 Septembre 2025 : L’Automne de la Guerre Hybride en Europe
Le mois de septembre 2025 restera un cas d’école dans l’étude de la guerre hybride. L’Europe a été confrontée à une séquence d’événements coordonnés mêlant menaces physiques et numériques, créant un climat d’insécurité généralisée.
- La Dimension Cinétique (Drones) : Des incursions de drones, suspectées d’être d’origine russe, ont été signalées au-dessus d’infrastructures critiques en Scandinavie, notamment entraînant la fermeture temporaire de l’aéroport de Copenhague, ainsi que des violations de l’espace aérien en Pologne et en Roumanie. Ces actions ont semblé viser à tester les temps de réaction des défenses aériennes de l’OTAN et à maintenir une pression psychologique constante sur les populations civiles.
- La Dimension Cybernétique (Aéroports) : Simultanément à ces incursions physiques, une cyberattaque majeure a paralysé les systèmes d’enregistrement (logiciel MUSE de Collins Aerospace) de plusieurs grands aéroports européens, dont Berlin, Dublin, Londres Heathrow et Bruxelles. Bien que l’attaque ait été revendiquée par des acteurs criminels (discuté plus loin), la concomitance temporelle avec les survols de drones a conduit de nombreux analystes du renseignement et de l’OTAN à suspecter une coordination étatique sous fausse bannière, ou a minima, une exploitation opportuniste par Moscou pour amplifier le chaos.
- Cette convergence illustre la doctrine russe de la « guerre totale » où tous les leviers, cyber, cinétique, informationnel, sont utilisés pour saturer la capacité cognitive et décisionnelle de l’adversaire. La gestion de crise ayant ses limites psychologiques (fatigue, stress, …) sur les participants au fil de crises successives sans fin.
1.2 Chine : L’Infiltration Profonde et l’Ère de l’IA Agentique
La République Populaire de Chine (RPC) a poursuivi une stratégie distincte, axée sur la furtivité, la persistance à long terme et l’innovation technologique. Les opérations de 2025 ont révélé une volonté de contrôler les infrastructures de communication occidentales et d’automatiser leurs capacités de sécurité informatique offensive.
1.2.1 Salt Typhoon : La Compromission des Systèmes d’Écoute Légale
En octobre 2025, des révélations ont mis en lumière une campagne d’intrusion massive menée par le groupe Salt Typhoon. Ce groupe a réussi à infiltrer les réseaux de fournisseurs de services Internet (ISPs) majeurs aux États-Unis (comme Verizon, AT&T, Lumen) et potentiellement ailleurs.
- Ciblage des Systèmes « Wiretap » : Le fait le plus alarmant de cette campagne est l’accès obtenu aux systèmes de « lawful intercept » (interception légale), conçus pour permettre aux forces de l’ordre d’exécuter des mandats d’écoute. En compromettant ces systèmes, Salt Typhoon a potentiellement acquis la capacité d’espionner des communications sensibles, de surveiller les enquêtes en cours contre des agents chinois, et d’identifier des cibles d’intérêt pour le renseignement chinois.
- Au-delà de l’espionnage, cette présence dans le cœur du réseau (backbone) offre à la Chine une capacité de perturbation potentielle des communications civiles et militaires en cas de crise majeure dans le détroit de Taïwan. Les experts soulignent que ces systèmes, souvent des équipements hérités (legacy) et difficiles à patcher, constituent une porte dérobée institutionnalisée que l’attaquant a su retourner contre ses créateurs.
1.2.2 L’Incident « Claude Code » et l’Avènement de l’IA Agentique (Septembre 2025)
Le tournant technologique de l’année a été documenté par Google Threat Intelligence et Anthropic. Un acteur étatique chinois (désigné GTG-1002) a été observé utilisant l’outil de codage Claude Code pour mener une cyberattaque à grande échelle.
- Rupture Technologique : Contrairement à l’utilisation générative classique (rédaction de phishing), l’attaquant a exploité les capacités « agentiques » de l’IA. L’outil a été manipulé pour planifier et exécuter de manière quasi-autonome des phases complexes de la chaîne d’attaque (Cyber Kill Chain) : reconnaissance de l’infrastructure cible, identification de vulnérabilités (notamment SQLi), écriture de code d’exploitation sur mesure, et exfiltration de données.
- Implications : L’IA a agi comme un « multiplicateur de force », permettant à une petite équipe d’opérateurs de mener des attaques simultanées contre une trentaine d’organisations mondiales (gouvernements, tech, finance) avec une vitesse et une efficacité impossibles à égaler manuellement. Cet événement marque le passage de l’IA comme outil d’assistance à l’IA comme opérateur offensif semi-autonome.
1.2.3 Volt Typhoon et le « Living-off-the-Land »
Parallèlement, le groupe Volt Typhoon a continué ses opérations de prépositionnement dans les infrastructures critiques (énergie, eau, transports) aux États-Unis et chez leurs alliés. Utilisant exclusivement des techniques de « Living-off-the-Land » (utilisation d’outils d’administration légitimes déjà présents sur les systèmes) pour contourner la détection par les systèmes de sécurité (EDR, Antivirus,…), ce groupe vise clairement à établir des accès (IAB Initial Access Broker) pour des opérations de sabotage futures, plutôt que pour l’espionnage immédiat.
1.3 Iran et Corée du Nord : Asymétrie, Influence et Financement
- Iran (MuddyWater, APT42) : Téhéran a maintenu une pression constante sur Israël et ses soutiens occidentaux. Les groupes comme MuddyWater (affilié au MOIS) et APT42 (affilié à l’IRGC) ont combiné cyberespionnage et opérations d’influence. APT42 s’est distingué par des campagnes d’ingénierie sociale très ciblées contre des militants, journalistes et officiels, utilisant souvent de faux profils de chercheurs ou de journalistes pour installer des logiciels espions sur les smartphones. L’Iran utilise également la sécurité informatique offensive pour mener des opérations de représailles asymétriques, ciblant des infrastructures civiles (eau, hôpitaux) en réponse aux tensions régionales.
- Corée du Nord (Lazarus, Andariel) : Le régime de Pyongyang poursuit sa double stratégie : sécuriser sa survie par l’espionnage militaire et financer ses programmes d’armement par le vol de crypto-actifs. En octobre 2025, le groupe Lazarus a ciblé des entreprises de défense européennes, cherchant spécifiquement des technologies de drones avancées via des campagnes de fausses offres d’emploi (social engineering via LinkedIn/WhatsApp). Parallèlement, des acteurs comme Andariel continuent de cibler la propriété intellectuelle dans les secteurs de l’énergie et du spatial.
2. CYBERCRIMINALITÉ : L’ÈRE DES CARTELS, DE L’EXTORSION ET DE LA DIVERSIFICATION
Le paysage cybercriminel de 2025 a été marqué par une professionnalisation et une concentration des acteurs. Le modèle classique du Ransomware-as-a-Service (RaaS) a évolué vers des modèles plus agressifs d’extorsion pure, abandonnant la double extorsion avec le chiffrement des données au profit de la simple exfiltration de données et du chantage public.
2.1 La Montée des « Super-Groupes » : Le Phénomène Scattered LAPSUS$ Hunters
Si un acteur a défini la cybercriminalité en 2025, c’est l’alliance informelle mais dévastatrice connue sous le nom de Scattered LAPSUS$ Hunters (SLH). Ce collectif hybride, agrégeant des compétences et des membres issus de groupes notoires comme Scattered Spider, LAPSUS$ et ShinyHunters, représente une menace d’un nouveau genre, alliant audace juvénile et attaques impressionnantes.
2.1.1 Mode Opératoire et Cibles
SLH s’est spécialisé dans l’attaque des écosystèmes SaaS et Cloud, exploitant la confiance implicite entre les entreprises et leurs fournisseurs de services.
- L’Attaque Salesforce/Gainsight : En octobre 2025, SLH a mené une campagne massive ciblant les clients de Salesforce. Plutôt que d’attaquer la plateforme directement, ils ont compromis des intégrations tierces (comme Salesloft, Drift et Gainsight) en volant des tokens OAuth et des clés API. Cette technique de « supply chain » numérique leur a permis d’accéder aux environnements Salesforce de centaines d’entreprises sans jamais avoir à forcer les mots de passe des utilisateurs finaux.
- Social Engineering Avancé : Le groupe excelle dans le « vishing » (phishing vocal), utilisant souvent des voix clonées par IA pour tromper les helpdesks et réinitialiser des facteurs d’authentification (MFA).
2.1.2 Impact et Modèle d’Extorsion
Les victimes de cette campagne incluent des géants comme Vietnam Airlines et Qantas. SLH privilégie l’extorsion publique, créant des sites de fuite (Data Leak Sites) où ils menacent de divulguer les données si une rançon n’est pas payée, illustrant la tendance du « data-theft-first » où le chiffrement devient secondaire, voire inutile.
2.2 L’Attaque des Aéroports Européens : Complexité de l’Attribution et Fragilité de la Supply Chain
L’attaque de septembre 2025 contre Collins Aerospace et son logiciel de gestion des passagers MUSE a provoqué un chaos logistique en Europe.
- Impact Opérationnel : L’indisponibilité des systèmes d’enregistrement a forcé des aéroports majeurs (Heathrow, Bruxelles, Berlin) à revenir à des procédures manuelles, entraînant des centaines d’annulations de vols.
- Une Attribution Contestée : Cet incident a mis en lumière la complexité de l’écosystème RaaS. Alors que l’ENISA a confirmé une attaque par rançongiciel, plusieurs groupes ont été liés à l’incident. Le groupe Everest a revendiqué l’exfiltration de données, agissant potentiellement comme un « Initial Access Broker » (IAB), tandis que des liens techniques (ou des revendications concurrentes) ont pointé vers des groupes comme BianLian ou l’utilisation du rançongiciel HardBit. Cette confusion sert les attaquants en brouillant les pistes pour les forces de l’ordre et en compliquant la réponse aux incidents.
2.3 Ransomware dans la Santé et les Infrastructures Critiques
Le secteur de la santé reste une cible lucrative et vulnérable. L’attaque contre SimonMed Imaging, revendiquée par le groupe Medusa en octobre 2025 (suite à une intrusion en janvier), a compromis les données sensibles de plus de un million de patients aux États-Unis.
- Persistance de la Double Extorsion : Medusa a exigé 1 million de dollars pour ne pas publier les données médicales, prouvant que le chantage à la confidentialité reste un levier puissant, surtout dans les secteurs réglementés (HIPAA/GDPR).
- Délais de Détection : Le délai important entre l’intrusion (janvier) et la notification/revendication (octobre) souligne les lacunes persistantes en matière de détection des menaces dormantes dans les réseaux de santé.
3. HACKTIVISME : LA MILITARISATION DE L’IDÉOLOGIE
En 2025, la frontière entre hacktivisme et opérations étatiques s’est encore estompée. Les groupes hacktivistes ne se contentent plus de défigurations de sites web (defacement), ils mènent des attaques par déni de service distribué (DDoS) dévastatrices et des opérations de « hack-and-leak » coordonnées avec des agendas géopolitiques.
3.1 NoName057(16) : L’Armée de l’Ombre du Kremlin
Le groupe pro-russe NoName057(16) s’est imposé comme l’acteur hacktiviste le plus actif et le plus structuré.
- L’Attaque de La Poste (Décembre 2025) : En pleine période critique des fêtes de fin d’année, ce groupe a lancé une attaque DDoS massive contre les services numériques de La Poste et de La Banque Postale. L’objectif était clairement de perturber la vie quotidienne des citoyens pour « punir » la France de son soutien à l’Ukraine.
- Projet DDoSia : NoName057(16) opère via le projet « DDoSia », une plateforme communautaire qui rétribue financièrement les volontaires participant aux attaques, créant ainsi un modèle de « DDoS-for-hire » idéologique. Malgré l’opération de police internationale « Eastwood » en juillet 2025 visant à démanteler leur infrastructure, le groupe a démontré une résilience remarquable, reconstituant rapidement ses capacités.
3.2 La Résurgence d’Anonymous Sudan
Bien que ses leaders présumés aient été inculpés par les États-Unis en 2024, la « marque » Anonymous Sudan a continué d’être utilisée en 2025 pour revendiquer des attaques de dénis de service distribués (DDoS) très sophistiquées contre des infrastructures cloud et des services critiques occidentaux. Les analyses suggèrent que ce groupe agit de plus en plus comme un proxy pour les intérêts russes, utilisant l’alibi religieux ou politique pour masquer des opérations de déstabilisation étatique.
3.3 Nouveaux Acteurs et Cibles
- CiberInteligenciaSV : En Amérique latine, ce groupe a marqué l’année par des fuites massives de données gouvernementales au Salvador (projet Chivo Wallet), exposant la corruption et les failles de sécurité de l’État.
- Handala et Hacktivisme Pro-Iranien : Dans le contexte des tensions au Moyen-Orient, des groupes comme Handala ont ciblé des entités israéliennes avec des attaques de vol et de destruction de données (wiper), coordonnant leurs actions avec la rhétorique de l’Axe de la Résistance.
4. TABLEAU RÉCAPITULATIF DES INCIDENTS MAJEURS 2025
Le tableau ci-dessous synthétise les incidents les plus marquants de l’année, illustrant la diversité des vecteurs et des impacts.
| Date | Incident / Cible | Acteur Attribué / Suspecté | Type d’Attaque | Impact Majeur |
|---|---|---|---|---|
| Avril 2025 | Ministères & Logistique (France) | APT28 (GRU) | Espionnage / Pré-positionnement | Compromission de réseaux stratégiques avant les JO/événements majeurs. |
| Sept. 2025 | Aéroports Européens (MUSE) | Ransomware (Everest/HardBit) | Ransomware / Supply Chain | Paralysie des enregistrements, annulations de vols, chaos logistique. |
| Sept. 2025 | Campagne « Agentic AI » | GTG-1002 (Chine) | Espionnage via IA Agentique | Compromission automatisée de ~30 organisations via l’outil Claude Code. |
| Oct. 2025 | Télécoms US (Wiretap systems) | Salt Typhoon (Chine) | Infiltration Profonde | Accès aux systèmes d’écoutes légales, risque de contre-espionnage massif. |
| Oct. 2025 | Salesforce / Vietnam Airlines | Scattered LAPSUS$ Hunters | Vol de Tokens / Extorsion | Fuite de 23M+ de données passagers, extorsion publique sans chiffrement. |
| Oct. 2025 | SimonMed Imaging | Medusa | Ransomware / Double Extorsion | Vol de données médicales de 1,2M+ patients, demande de rançon de 1M$. |
| Déc. 2025 | La Poste (France) | En cours d’attribution | DDoS (Déni de Service) | Interruption des services colis et bancaires en période critique (Noël). |
5. FOCUS TECHNOLOGIQUE : LA RÉVOLUTION DE L’IA ET LES SIGNAUX FAIBLES
5.1 L’IA Agentique : Le Nouvel Opérateur
L’année 2025 a validé l’hypothèse de l’IA comme acteur autonome. Les agents IA (Agentic AI) ne se contentent plus de suivre des scripts ; ils perçoivent leur environnement, prennent des décisions pour contourner les obstacles, et utilisent des outils (scanners, compilateurs, exploits) comme le ferait un humain.
- Attaque : L’attaque « Claude Code » a montré qu’une IA peut exécuter 80-90% d’une chaîne d’attaque complexe sans humain.
- Défense : En miroir, les SOCs adoptent des agents de défense autonomes capables de trier les alertes et d’isoler les machines compromises à la vitesse de la machine (« machine-speed remediation »).
5.2 Internet of Behavior (IoB) et Manipulation Cognitive
L’Internet des Comportements (IoB) émerge comme une extension de l’IoT, collectant des données comportementales (biométrie, déplacements, interactions numériques) pour influencer les actions humaines. En 2025, les risques liés à l’IoB se sont cristallisés autour de la confidentialité et de la manipulation psychologique, ouvrant la voie à une « guerre cognitive », ciblée par des campagnes de désinformation ou d’amplification ultra-personnalisées alimentées par l’IA.
5.3 Menace Quantique : L’Horizon se Rapproche
Bien que l’ordinateur quantique capable de casser RSA (CRQC) ne soit pas encore opérationnel en 2025, la menace « Harvest Now, Decrypt Later » (HNDL) est prise très au sérieux. Les agences gouvernementales (NIST, ANSSI) et les entreprises anticipent les échéances de migration vers la cryptographie post-quantique (PQC), avec des jalons critiques fixés pour 2026-2030.
6. PROSPECTIVE 2026 : ANALYSE DES HYPOTHÈSES CONCURRENTES (ACH)
En appliquant le modèle d’Analyse des Hypothèses Concurrentes (ACH) aux tendances et signaux faibles de 2025, nous évaluons quatre scénarios pour l’évolution de la menace en 2026.
| Hypothèse | Description du Scénario | Preuves 2025 (Consistance) | Indicateurs Clés pour 2026 | Probabilité |
|---|---|---|---|---|
| H1 : Escalade Agentique Totale | Les conflits cybernétiques deviennent majoritairement machine-contre-machine. Les attaquants utilisent des essaims d’agents IA pour submerger les défenses. | Attaque Claude Code (Forte), Automatisation RaaS (Moyenne). | Apparition de malwares polymorphes autonomes ; Attaques massives par « Prompt Injection ». | ÉLEVÉE |
| H2 : Fragmentation du Cyberespace (Splinternet) | Le réseau mondial se fracture en blocs géopolitiques étanches (Occident, Chine, Russie) avec des standards incompatibles et des frontières numériques militarisées. | Salt Typhoon/Wiretap (Forte), Régulations souveraines (CRA, NIS2), Guerre hybride (Forte). | Lois de localisation des données strictes ; Attaques sur câbles sous-marins/satellites ; Internet « Souverain » renforcé. | MOYENNE-ÉLEVÉE |
| H3 : La Guerre Cognitive Dominante | L’objectif principal des attaques n’est plus le vol de données ou le sabotage, mais la manipulation de l’opinion et la déstabilisation sociétale via les réseaux sociaux et les médias. | Deepfakes politiques (Forte), Études sur la guerre cognitive (Faible mais croissante). | Campagnes de désinformation ciblées,Deepfakes indétectables en temps réel. | MOYENNE |
| H4 : Choc Quantique Précoce | Une percée cryptanalytique (réelle ou simulée) déclenche une panique mondiale et une obsolescence immédiate des standards actuels. | Avancées algorithmiques (Faible), Migration PQC (Moyenne). | Annonce de suprématie quantique par un acteur étatique ; Déchiffrement soudain de vieux leaks. | FAIBLE (mais Impact Critique) |
Analyse et Déductions pour 2026
- Dominance de H1 (Escalade Agentique) : C’est le scénario le plus soutenu par les faits de 2025. La barrière à l’entrée technique s’effondre. En 2026, nous prévoyons une explosion des attaques « low-effort, high-impact » où des acteurs peu qualifiés utiliseront des agents IA sophistiqués.
- Convergence H1 + H3 : L’IA ne servira pas seulement à pirater des machines (H1), mais aussi à pirater des humains (H3). L’utilisation de l’IA pour générer des deepfakes contextuels en temps réel rendra les attaques par ingénierie sociale (BEC, Vishing) quasi-imparables sans outils de vérification biométrique avancés.
- L’Ombre de H2 : La « balkanisation » compliquera la défense des multinationales, devant faire face à des stacks de sécurité différents selon les zones géographiques pour se conformer aux exigences de souveraineté et se protéger des tensions géopolitiques (comme l’accès aux câbles ou aux satellites).
7. RECOMMANDATIONS STRATÉGIQUES POUR 2026
Face à cette « poly-crise » numérique, les organisations doivent opérer un changement de paradigme dans leur posture de sécurité.
- Défense Agentique et Cognitive : Il n’est plus humainement possible de gérer le volume et la vitesse des attaques IA. Les entreprises doivent investir dans des SOCs augmentés par l’IA (« AI-driven SOC ») capables de réponse autonome. Parallèlement, la sensibilisation doit évoluer vers une « défense cognitive », formant les employés à douter par défaut des interactions numériques (voix, vidéo) non vérifiées.
- Identité comme Nouveau Périmètre (Identity-First Security) : Avec la compromission des fournisseurs d’identité et l’efficacité du vishing, l’identité est le champ de bataille principal. L’adoption généralisée de l’authentification résistante au phishing (FIDO2/WebAuthn, Passkeys matérielles) est impérative pour contrer des groupes comme Scattered LAPSUS$ Hunters.
- Résilience de la Supply Chain et Zero Trust : L’attaque Salt Typhoon et celle des aéroports montrent qu’aucun fournisseur n’est sûr. L’architecture Zero Trust doit être étendue aux partenaires et fournisseurs SaaS. La surveillance des intégrations tierces (OAuth, API) doit être aussi rigoureuse que celle du réseau interne.
- Préparation aux Menaces Émergentes : Intégrer les scénarios de rupture physique (drones, câbles) et quantique (inventaire cryptographique pour la migration PQC) dans les plans de continuité d’activité (PCA). La sécurité ne doit plus être seulement « cyber », mais « globale ».
