Dans un monde où la quête de l’excellence sportive se joue désormais autant dans les laboratoires que sur les terrains, l’IA et la data s’imposent comme les nouveaux alliés incontournables des champions. Comment ces technologies transforment-elles l’entraînement, l’analyse et la prise de décision dans le sport de haut niveau ?
Le 3 avril dernier, Devoteam a réuni des athlètes de haut niveau et des journalistes sportifs pour un événement explorant cette révolution silencieuse qui transforme le paysage sportif mondial.
Entre démos, témoignages de sportifs de haut niveau et cas d’usage innovants, cette matinée a permis de lever le voile sur les coulisses d’une mutation profonde : comment l’analyse de données et les algorithmes d’IA sont en train de redéfinir l’entraînement, la stratégie et même l’expérience des fans ?
De l’escrime au Vendée Globe, du basketball professionnel au journalisme sportif, les intervenants prestigieux – parmi lesquels la sabreuse Margaux Rifkiss, le skipper Fabrice Amedeo et le directeur général du Levallois Sports Club Henry de Grissac – ont partagé leur vision d’un sport augmenté par la technologie, où la data devient le complément indispensable du talent et de l’intuition.
Plongée au cœur d’une rencontre qui dessine les contours du sport de demain, où chaque milliseconde, chaque décision et chaque mouvement peuvent être optimisés par la puissance de l’intelligence artificielle.
La donnée rend la performance plus compréhensible
La matinée a débuté avec l’intervention d’Erwan Benech, lead de l’offre SportTech chez Devoteam et lui-même quadruple champion de France sur 800m et 1500m. Avec la double casquette d’athlète et de consultant, il a présenté la vision de Devoteam pour accompagner les acteurs du sport à travers la data et l’intelligence artificielle.
Comme l’a expliqué Erwan :
« Notre objectif est d’explorer au quotidien les variables qui font et défont les victoires«
Cette approche s’articule autour de deux axes principaux : d’une part, accompagner les coachs et athlètes dans leur prise de décision grâce à l’analyse de données, et d’autre part, transformer l’expérience des fans en rendant la performance sportive plus accessible et plus compréhensible au grand public.
L’Équipe : quand l’IA accélère le journalisme sportif
Le premier cas d’usage présenté concernait la collaboration avec le média L’Équipe pour révolutionner la couverture des Jeux Olympiques. Face au déluge d’informations généré par l’événement sportif mondial, Devoteam a développé un système intelligent d’analyse et de priorisation du contenu.
Ce dispositif innovant repose sur une mécanique complexe : récupération massive de données, analyse du travail des journalistes, et établissement d’un système de scoring. Chaque épreuve olympique se voit attribuer des règles de scoring spécifiques permettant de déterminer automatiquement les faits marquants et les athlètes à mettre en avant dans les éditions condensées de deux minutes.
Cette approche algorithmique permet non seulement de gagner un temps précieux dans le traitement de l’information, mais aussi d’offrir aux spectateurs une expérience plus riche et plus pertinente, en ne manquant aucun moment clé des compétitions.
Le résultat ? Le podcast “2min chrono” se base un modèle qui collecte, priorise et résume les faits marquants des JO de Paris 2024, avant de réaliser un flash info au format audio en suivant la ligne éditoriale de L’Équipe. Commentaires, récap de la veille, chances de podiums, tableau des médailles : toutes les infos essentielles sont présentes dans ce condensé de 2 minutes.
Levallois Metropolitans Basketball Club : l’excellence sportive augmentée par la technologie
La parole est ensuite passée à Henry de Grissac, Directeur Général du Levallois Sporting Club (LSC), pour présenter la collaboration initiée avec Devoteam depuis plusieurs années. Ce partenariat avec le plus grand club de sport de France, fondé en 1983 et proposant plus de 150 disciplines sportives, s’articule autour de deux axes principaux.
Premièrement, Devoteam est devenu le parrain du pôle haute performance du LSC, qui regroupe une trentaine d’athlètes d’élite. « Pour attirer et retenir ces champions, nous avons besoin non seulement de moyens financiers, mais aussi d’un accompagnement sportif et extra-sportif comparable à ce que propose l’INSEP« , a souligné Henry de Grissac.
Le second volet concerne le projet avec Levallois Metropolitans Basketball Club, où la culture de la statistique est particulièrement ancrée. « La data ne remplace pas l’humain, » a insisté Henry de Grissac, « mais elle aide l’entraîneur à trier les informations, les hiérarchiser, et mieux comprendre la compatibilité entre les différents postes. » L’intelligence artificielle permet ainsi d’optimiser des processus existants, en les rendant plus rapides et plus précis.
Par exemple, le scouting des adversaires représente un gain de temps considérable pour les équipes professionnelles. Avec deux matchs par semaine en moyenne, les équipes disposent de peu de temps pour analyser les vidéos des concurrents. L’analyse automatisée par IA permet de dégager rapidement les points forts et les faiblesses des adversaires.
La préparation physique et la prévention des blessures constituent un autre domaine prometteur, notamment lors de la transition du niveau amateur au niveau professionnel. Comme le notent les intervenants : « Il y a encore beaucoup de marge de progression sur l’usage de la data dans la préparation physique« .
Le directeur général du LSC a également partagé sa vision pour le futur, espérant que les sports moins médiatisés, le sport féminin ou le handisport puissent bénéficier des mêmes avancées technologiques que les disciplines majeures. Il a également évoqué le potentiel de l’IA pour améliorer l’arbitrage, en offrant des décisions plus neutres et moins soumises à la pression.
La présentation s’est conclue par une démonstration de l’application développée spécifiquement pour les Metropolitans, illustrant comment la technologie s’intègre désormais au quotidien des équipes sportives professionnelles.

Table ronde : L’IA et la performance font-elles bon ménage ?
Le point d’orgue de la matinée fut la table ronde animée par Léandre Caupenne, réunissant la sabreuse Margaux Rifkiss, le skipper Fabrice Amedeo et Henry de Grissac, autour d’une question centrale : l’IA va-t-elle faire la différence dans la performance sportive ou n’est-elle qu’un nouvel outil parmi d’autres ?
Des usages déjà ancrés dans les pratiques de haut niveau
Pour Margaux Rifkiss, l’IA fait désormais partie intégrante du paysage de l’escrime et devient même une obligation. « Les tests physiques sont suivis via des applications au sein de l’équipe de France, de même que l’état de fatigue et le suivi du sommeil » a-t-elle expliqué. Néanmoins, elle nuance : « Pour l’instant, c’est un outil non négligeable qui n’a pas encore fait ses preuves dans tous les domaines. Nous avons beaucoup de données, mais nous ne savons pas encore toutes les exploiter. »
L’expérience de Fabrice Amedeo lors du dernier Vendée Globe s’est avérée particulière, ayant dû naviguer « en mode aventurier » après la perte de son bateau deux ans avant la course. Sur une embarcation plus ancienne et moins technologique, l’usage des données était limité. Mais le skipper souligne l’omniprésence habituelle des données dans la voile moderne : « Les données de performance du bateau, les vitesses cibles selon qu’on soit en solo ou en équipage, en baie ou au large, sont essentielles. Nous faisons de l’acquisition de données tout au long de l’année pour avoir des vitesses cibles et trouver les bons réglages.«
Il mentionne également l’optimisation du passage d’une voile à l’autre parmi les huit disponibles et, sur le plan personnel, la gestion du sommeil grâce à des tests permettant d’identifier les meilleurs moments pour atteindre le sommeil profond.
Un enjeu de compétitivité pour l’avenir
Henry de Grissac observe que les dirigeants de club sont conscients que la maîtrise des données va devenir un enjeu majeur de compétitivité : « La data est partout, la question est de savoir quel sera le club qui va le mieux l’exploiter.«
Erwan Benech a partagé une réflexion personnelle sur ce que la technologie aurait pu lui apporter durant sa carrière de coureur. S’il reconnaît la dimension instinctive du 800m, qu’il qualifie de « course de chasseur« , il aurait apprécié une approche basée sur la biomécanique :
« Bien courir n’est pas instinctif. J’aurais aimé avoir une IA capable d’analyser comment courent mes concurrents, leur temps au sol, leur suspension… Qu’est-ce qui fait que cet athlète est plus rapide que moi ? Est-ce le mouvement ? La foulée ?«
Au-delà des résultats : valoriser le chemin parcouru
Margaux Rifkiss a évoqué un usage inattendu des données : enrichir la notion même de palmarès. « J’aimerais amener d’autres données dans mon palmarès, ne pas me définir uniquement par le résultat, mais aussi par le chemin parcouru » a-t-elle confié.
Cette approche permettrait selon elle de mettre en exergue tout ce qui est nécessaire pour atteindre le haut niveau – le temps passé, le nombre de mouvements exécutés – particulièrement à destination des jeunes, pour leur montrer les efforts nécessaires et leur « donner un mode d’emploi. » Elle s’interroge toutefois sur la gestion de ces données : « Est-ce que la donnée peut devenir négative, par exemple quand elle indique que je ne suis pas dans un état de forme optimal ?«
Les promesses et les défis de l’IA dans le sport
Pour Fabrice Amedeo, si l’IA n’est pas encore autorisée dans certaines compétitions de voile, elle va révolutionner les sports de navigation, notamment sur la prévision météorologique – « qui est aujourd’hui de moins en moins fiable à cause du dérèglement climatique. » Il cite également les logiciels qui permettent de déterminer la meilleure trajectoire, l’amélioration du pilote automatique, ou l’anticipation des chocs avec les objets flottants comme des domaines où l’apport de l’IA sera considérable.
La table ronde s’est conclue sur des questions d’avenir : comment faire en sorte que des athlètes individuellement meilleurs grâce à l’IA deviennent collectivement plus performants ? Les intervenants ont souligné qu’il existe encore une grande marge d’évolution concernant la pertinence des résultats fournis par l’IA.
Vers une démocratisation des usages
Le débat a également abordé la question de l’accompagnement à l’usage des outils d’IA dans le sport. Si l’Agence nationale du sport propose des formations, celles-ci ne sont pas encore généralisées. Du côté des clubs, des outils dédiés aux coachs et préparateurs physiques existent, mais la connaissance des athlètes sur leur fonctionnement pourrait être améliorée. Les intervenants ont également noté que beaucoup de craintes quant à l’IA ne sont pas toujours fondées, soulignant l’importance de la sensibilisation et de la formation.
L’IA, partenaire d’entraînement du sport de demain
À l’issue de cette matinée riche en échanges et en démonstrations, une certitude émerge : l’intelligence artificielle et l’analyse de données sont en train de transformer profondément le monde du sport, de l’entraînement à la performance, en passant par l’expérience des fans et le journalisme sportif.
Loin de remplacer l’humain, ces technologies se positionnent comme des alliées précieuses pour optimiser le potentiel des athlètes, permettre des prises de décision plus éclairées et offrir une compréhension plus fine des mécanismes de la performance. Si certains défis demeurent, notamment en matière de formation et d’appropriation des outils, cette matinée témoigne d’une évolution déjà bien engagée qui redessinera durablement le paysage sportif mondial.
Dans cette course à l’innovation, l’avantage reviendra non pas à ceux qui disposeront des technologies les plus avancées, mais à ceux qui sauront le mieux les intégrer à leur pratique pour en faire un véritable levier de performance – tout en préservant l’essence même du sport : le dépassement de soi et l’expression du talent humain.

